Outils d’aide à la communication

Dans quel cadre faut-il recourir à ces outils ?

Face à la complexité du désordre autistique, et de son impact sur différents domaines du développement de l’enfant, il est important de suivre un cadre méthodique cohérent, basé sur des bilans et des programmes éducatifs globaux.

C’est la raison pour laquelle nous vous avons présenté à la page « Traitements Educatifs« , les principales méthodes globales proposées dans l’accompagnement des personnes atteintes d’autisme.

L’altération de la communication et des interactions sociales, déficit central de l’autisme, est naturellement intégrée et traitée par ces méthodes globales. Ainsi, l’ABA, et plus encore son évolution vers la version « Verbal Behavior » (variante récente de l’ABA classique), focalise prioritairement les apprentissages dans le domaine de la communication verbale. La méthode 3I encourage les interactions par le jeu et cherche à initier une communication associant les émotions de l’enfant.

Toutefois, la persistance de certaines situations, malgré ces méthodes, peut justifier que d’autres méthodes, d’aide spécifique au développement de la communication et du langage, soient mises en place. Quelques situations possibles :

- l’enfant ne comprend pas le sens ni la fonction du langage oral,
- l’enfant n’est pas en mesure d’exprimer un son ou des mots,
- l’enfant parle mais son langage est écholalique (répète les phrases émises par l’autre, ou répète des phrases hors contexte),
- l’enfant parle mais ne comprend que le 1er degré de langage, n’identifie pas les expressions non verbales de l’autre, et appréhende difficilement les règles subtiles de la communication sociale,

Dans ces différents cas, le renfort de certains outils ou méthodes d’aide à la communication peut améliorer les progrès de l’enfant en communication.

Quelques informations sur la communication pour mieux comprendre

La communication est soit réceptive (ce que comprend l’enfant), soit expressive (ce que l’enfant veut communiquer).

Pour ces 2 modes de communication, il faut déjà connaître le niveau compréhension de l’enfant : Comment comprend-il ce que vous lui dites ? Par exemple, a t il besoin de voir une assiette pour comprendre que vous parlez de « manger », peut il comprendre qu’une photo ou un dessin d’une assiette signifie « manger », comprend il la signification du mot que vous prononcez « manger » ? Et s’il la comprend, en est il capable dans différentes circonstances et avec différentes personnes, ou seulement lorsqu’une personne le dit ?

La compréhension du langage oral, des mots, se développe très lentement chez un enfant ordinaire, grâce à une attention conjointe soutenue avec les adultes, et des processus d’imitation, d’intégration sensorielle très sophistiqués. Chez un enfant atteint d’autisme, le processus peut avoir été interrompu très tôt, et nécessiter de rééduquer toutes les étapes par lesquelles un enfant ordinaire est passé. Parfois, dans les cas d’autisme sévère, la compréhension de l’enfant peut être très restrictive : un objet peut seul communiquer une action ou un besoin, et dans un contexte très détaillé, la cuisine, ou donnée par une personne en particulier. La compréhension est alors hyper-séléctive.

Beaucoup d’enfants atteints d’autisme ont malgré tout une bonne compréhension de la communication en réception, mais souffrent de difficultés pour s’exprimer, soit par crainte de ne pas être compris, soit par difficulté à programmer dans leur cerveau toutes les étapes nécessaires à la production du langage (les praxies du langage notamment). Les aider à communiquer malgré ces difficultés est une priorité tellement la capacité à communiquer joue sur les comportements, et bien sûr les troubles du comportement (agressivité, automutilation).

Les méthodes de communication par l’image

La plus connue des méthodes, dans le monde occidental de l’autisme, est la méthode PECS® (sigle voulant dire système de communication par échange d’images). Au delà de son principe simple de classeur comportant des images ou des pictogrammes que l’enfant va utiliser en l’absence de parole, le point fort de cette méthode, sur la base de l’expérimentation, est sa progressivité. Différentes étapes doivent être suivies dans un ordre déterminé. Une guidance comportementale est mise en place au départ pour initier la compréhension et l’usage de l’image pour émettre une communication. L’enfant apprend qu’en donnant une image à un adulte, il peut obtenir ce à quoi correspond cette image. L’adulte accompagnera cette demande d’une prononciation du mot correspondant. La communication devient donc fonctionnelle : A chaque fois que l’enfant va donner une image représentant un sens bien précis pour lui, il va avoir le comportement de l’adulte qu’il attend, comme donner un aliment attendu, avoir un jouet, et apprendre le son du mot correspondant.

Si l’enfant ne comprend pas l’image comme symbole de l’objet, il faudra passer par des étapes préliminaires d’association de l’objet à son image (photo de l’objet) puis tenter de ne fonctionner progressivement qu’avec cette image sans l’objet associé.

La formation à la méthode est assurée par PECS France, mais aussi par des orthophonistes formés eux même à la méthode et qui vont guider les parents dans les étapes.

Petit à petit, du mot l’enfant peut passer à une phrase, et à des enchainements plus complexes. Si l’enfant a la capacité à oraliser, donc à faire des sons adaptés, et à prononcer des mots, il va entrer dans le langage oral.

Il peut mettre parfois beaucoup de temps à commencer à parler, mais pendant cet intervalle, il aura bien à ses côtés un outil d’aide à la communication qu’à peu près n’importe quel adulte peut utiliser aussi pour dialoguer avec lui. Donc, un outil de ce type est soit un tremplin vers le langage soit un système permanent d’aide à communiquer.

En savoir plus le PECS…

Une autre méthode, anglaise celle-ci, le MAKATON, reprend le principe d’images pictogrammes simplifiées, mais se distingue du PECS par l’idée que l’enfant doit avoir le choix de l’outil de communication qu’il préfère : ces pictos, ou des signes gestuels du type de ceux de la langue des signes utilisée dans le cas de malentendance, ou la parole. Comme montré dans la photo ci-contre, où le picto de l’action « Boire » peut être utilisé alternativement avec le geste Langue des Signes « Boire ».

On apprend à l’enfant à faire un signe et à prononcer en même temps, ou alors à prendre une image et à dire le mot en même temps. Il peut rester en mode « langue des signes », ou en mode images, ou se mettre à prononcer des mots simples, puis de plus en plus complexes. L’intérêt de cette méthode dans le cas de l’autisme est d’associer un geste et une parole, et donc de donner avec le geste une aide au déclenchement d’une action qui débouche sur la parole. Sensoriellement, les enfants avec autisme, ont du mal à initier certaines actions complexes comme le fait de parler. Faire un geste peut aider à initier toute la démarche de parole.

Cette méthode nécessite tout comme le PECS que l’enfant comprenne la symbolisation du langage (le mot X correspond à tel objet, telle personne, et de façon permanente, …). Elle suppose aussi une formation de l’entourage de l’enfant à la langue des signes Makaton. Mais c’est parfois la solution la mieux adaptée à l’enfant.

Des formations pour parents sont possibles, et des orthophonistess formés peuvent coacher l’enfant et les parents dans la mise en oeuvre de la méthode.

La LSF, langue des signes française, est aussi une aide, du même ordre que le Makaton et différents praticiens, établissements, y compris des établissements ABA, peuvent avoir recours à la LSF pour proposer une solution de communication gestuelle plus accessible que la parole.

En savoir plus sur le Makaton

Pensez aussi que l’ordinateur peut pallier aussi certaines difficultés d’expression orale de l’enfant. Il apprend les lettres du clavier et tape lui-même sur l’écran les mots et phrases qu’il veut prononcer. Rien à voir ici avec la « Communication Facilitée », approche très contestée dans le milieu de l’autisme. Il suffit de taper le nom de cette méthode sur Google pour s’informer sur les avis des parents et pros, et prendre conscience de ses limites théoriques et de son efficacité non démontrée dans l’autisme (les études menées ont montré que c’était bien l’adulte « proche » de l’enfant autiste qui activait de lui-même les contenus des « communications »). Comment, en effet, un enfant confronté à de réelles difficultés de compréhension et d’expression pourrait il comprendre qu’il peut utiliser le vecteur d’un adulte et de ses écrits (manuscrits ou dactylographiés) pour exprimer des mots et des phrases…?

En tout cas, les méthodes que nous proposons ici apportent une réponse pratique et fonctionnelle qui permettent d’éviter des solutions plus aventureuses et mal documentées comme l’est la Communication Facilitée.

Signalons enfin des outils sophistiqués mais étonnants pour permettre à une personne autiste totalement aphasique de parler : le B.A.BAR.

Ce petit terminal sait scanner des codes correspondant à des images et émettre le mot correspondant.

Émotions et scénarios sociaux, vers une communication plus élaborée

Comprendre le langage oral, et le parler, n’est qu’une étape vers l’apprentissage d’une communication plus élaborée : Compréhension d’une intonation, d’une expression du visage, d’une posture, mais aussi compréhension des règles de la communication entre les êtres dans des situations données…Ce qui se dit, ne se dit pas, se fait et ne se fait pas…les sous-entendus et le fait que l’autre pense aussi dans sa tête !

Tous ces apprentissages « complexes » de la communication sont à mener en parallèle ou dans la suite de l’émergence du langage. Différents outils, images, manuels traitent de l’apprentissage des émotions et des « scénarios sociaux ». Voir par exemple le site Autisme Diffusion, « La » boutique en ligne des livres, manuels et outils dédiés à l’autisme. Certaines associations proposent aussi des principes de groupes de socialisation où sont enseignés les codes de communication interpersonnelle, en duo ou en groupe.